Mercredi 29 : je suis parti en même temps que Françoise et Alain. Arrivée sous la pluie à Lyon. Après avoir
croisé rapidement Xavier à l'aéroport, j'ai enfin découvert la maison d'Ol.
Bien mieux que ce qu'il avait annoncé. Beaucoup d'espace même si rapidement on se rend compte de certaines absurdités de la construction. On se croirait parfois dans le sketche de Muriel Robin
"la réunion de chantier" mais bon...
Dès le midi, les agapes ont commencé : un délicieux pot au feu avec en prime Wassyla et Régine. On a fait le tour du collège puis direction Lyon où Wassyla nous a régalés d'une délicieuse soupe
de courges. La recette est à se damner.
Et puis le tour des amis a continué : Seb, Pasc, Joane et sa petite famille. Entre temps, bouchons lyonnais, ciné (très bon Mesrine I), shopping. Bref des vacances de rêve couronnées par de
superbes Contes d'Hoffmann à Genève dans la mise en scène d'Olivier Py : de la noirceur, du sexe, du glauque. Du Py quoi ! Mais magique et très bien servis vocalement (Laho, Petibon, Cavallier,
Huchet, Harnisch).
Et déjà lundi, il fallait repartir. Beaucoup de tristesse...
Heureusement à Vienne, temps magnifique et il a fallu ressortir les T Shirts. Pas envie de travailler...
Ca y est, ils sont arrivés entiers, surtout Alain qui déteste prendre l'avion. Et je crois qu'ils apprécient
tous les deux Vienne. Pourtant, tout n'avait pas commencé sous les meilleurs auspices. Travaux à l'aéroport et donc difficultés à trouver la SBahn et surtout, après un bon repas viennois, la
désagréable surprise de voir sur l'affiche de Faust, le petit papier rose que tout le monde redoute, signe d'un changement de distribution. Et là, la raison de la venue d'Alain à Vienne, Angela
Gheorghiu, venait d'annuler. Pauvre Alain, dépité mais qui a fait contre mauvaise fortune bon coeur. Alors, ils ont bien visité la Hofburg, profité du soleil et des cafés avant de se rendre à
l'opéra. Et malgré tout, ils ont passé une super soirée, du moins si je m'en tiens à leurs commentaires enthousiastes.
Roberto était malade mais il a tenu à chanter le rôle jusqu'au bout. Bien sûr, la fatigue se faisait sentir, le contre-ut a craqué mais quelle performance, quel artiste et quelle générosité. Qui
aurait pu faire ça ? Eh bien, le public (une partie) s'est déchaîné contre lui et l'a hué. C'est vraiment une honte. A côté de ça, Reinprecht a tenu dignement la partie de Marguerite, Youn et
Eröd étaient toujours excellent et Sophie qui remplaçait l'horrible Selinger a donné le meilleur d'elle-même dans un magnifique Siébel.
Le top du top était cependant l'orchestre et le chef. Encore plus grandiose qu'à la première. Je crois que Bertrand était très content...Et il y avait de quoi.
Après, grande émotion pour Alain et Françoise. Grâce à Sophie, on est allé dans les coulisses, Ils ont pu parler avec elle puis avec Bertrand et Roberto à qui ils ont remonté le moral.
Nous avons terminé la soirée à l'Institut où une réception était donnée pour la fin de la Viennale. Buffet Gerstner.... Sans commentaire. Juste excellent comme toujours.
Oui je sais, le titre est un peu facile. Mais bon...
Hier, après une Autogrammstunde avec Angela et Roberto, la 240ème représentation des Noces de Figaro dans la production de Jean-Pierre Ponnelle. Rien à dire, elle fonctionne à merveille, les
chanteurs se prêtent au jeu et on passe trois heures agréables. En fonction du chef et des interprètes, on peut même assister à une représentation inoubliable. C'était le cas il y a trois ans
avec Riccardo Muti, Carlos Alvarez, Barbara Frittoli, Ludovic Tézier. Hier soir, la direction d'Ulf Schirmer manquait un peu de fantaisie, n'était pas toujours en phase avec la scène. La Susanne
d'Alexnadra Reinprecht était honnête, le Chérubin de Selinger passable tout comme le Comte de Daniel, fâché avec les vocalises et un rien fatigué. Comprimarie très bons. Restaient la Comtesse
extraordinaire de Krassimira Stoyanova avec son timbre chaud et sa voix large et puis, celui pour qui les Viennois et les touristes s'étaient déplacés en masse : Erwin Schrott alias monsieur
Netrebko qui n'avait d'yeux que pour son épouse installée dans la loge de la direction. Mais où était d'ailleurs Tiago, le bébé Netrebko ? A un mois et demi déjà seul ? Ceci n'est pas une
rubrique people. Le Figaro d'Erwin Schrott était presque parfait : rondeur de la voix, puissanced, bon jeu. Quelques faiblesses parfois mais ne boudons pas notre plaisir. Pauline n'a pas pu
résister à son charme de beau latino.
Un demi Roberto et une Angela complète...
Krassimira Stoyanova
Erwin Schrott
Anna das sa loge, espérant que
son bel Erwin remporte un beau succès...
Finalement, c'est Pauline qui
est partie avec Erwin...
Pour une fois, je n'ai pas passé mon temps uniquement à l'opéra. Sans être comparable au festival de Cannes
(vivement le mois de mai), la Viennale demeure une manifestation intéressante programmant des films du monde entier dans quelques salles de la ville. Malheureusement, les places sont prises
d'assaut. L'ouverture a eu lieu vendredi dernier et après le Theater an der Wien, je suis allé au Baugarten Kino pour voir le film d'ouverture du festival et palme d'or 2008.
Le film de Laurent Cantet était présenté par le réalisateur et trois des élèves qui ont déclanché l'hilarité dans la salle.
Que penser du film ? Les avis divergent. Pour ma part, je l'ai trouvé très intéressant, mettant à plat mais sans donner de leçon les problèmes d'un collège parisien. L'expérience d'un prof avec
une classe. Peut-être faut-il être "du métier" pour ne pas tomber dans le piège de la généralisation, pour comprendre que ce qu'on voit n'est pas un cours modèle destiné au jeunes collègues. Le
film a le mérite de montrer ce qu'on peut ressentir face à des élèves : à la fois de l'amour et de la haine. Comment ne pas avoir envie de "frapper" parfois ? Mais comment faire abstraction des
problèmes auxquels ces chers gamins sont confrontés ? Comment faire abstraction de programmes et d'un système qui se veulent universel s mais qui, dans certains cas sont
totalement inadaptés et peuvent conduire à un rejet total de la part des élèves comme des profs. D'ailleurs, le milieu enseignant est plutôt bien dépeint : désarroi de certains,
démagogie, volonté de trouver toutes les solutions pour sortir de l'impasse et se protéger.
Quoi qu'il en soit, on ne sort pas de ce film indemne. Il donne à réfléchir.
La belle journée de dimanche m'a donné envie de sortir. Quelques photos de bâtiments de la Josfstädterstrasse et du quartier du Parlement.
Le Theater an der Wien proposait pour la première fois cette année un festival baroque avec un programme
très varié, mêlant "tubes" et raretés, le tout servi par des stars. Cinq concerts et un opéra, et par chance des soirs sans répétition pour moi. De quoi assouvir ma soif de musique.
Le marathon a commencé mercredi 15 avec un concert intitulé "Farinelli and friends". Oui, je sais, ça fait un peu Pavarotti and friends. Mais loin d'être bateau le choix des airs avait de quoi
ravir l'oreille, d'autant qu'ils étaient admirablement servis par le contre-ténor Max Emanuel Cencic. Légèrement souffrant, il a tout de même offert une belle image de lui : timbre séduisant et
très androgyne, grande émotion et belle virtuosité.
Le concert de vendredi proposait l'opéra de Pergolesi "la serva padrona", petite comédie où le maître et la servante se disputent (excellents Florian Boesch et Laura Aikin sous la direction de De
Marchi). Un air célèbre (stizoso) que toutes les jeunes chanteuses du conservatoire de Cannes chantaient à une certaine époque et qui finissait par m'insupporter mais replacé dans son contexte au
demeurant fort agréable. En deuxième partie la cantate du café de Bach.
Samedi, une très belle interprétation de la messe en Si de Bach par l'Amsterdam Baroque Orchestra et Ton Koopman. Des solistes aux qualités variables et un choeur qui m'a parfois gêné au niveau
de l'intonation mais une interprétation magistrale suivie d'un entretien très intéressant avec le chef d'orchestre sur la décrouverte de la partition et les premières représentations.
Parallèlement, se donnait également une nouvelle production d'Orphée et Eurydice de Gluck dans la version viennoise de 1762 dirigée par un autre grand maître du baroque, René Jacobs qui
avait dirigé ici même au printemps 2007 un magnifique Jules César. Direction contrastée, pleine de nuances, avec des groupes d'instruments placés en haut. La scène représentait le
Musikverein et le metteur en scène Stephen Lawless a "revisité" l'histoire de manière fort intelligente. Pendant l'ouverture, le mariage d'Orphée et la mort subite d'Eurydice. Cette
dernière est déposée dans le clavecin qui lui sert de cercueil et qui descend ensuite aux Enfers. Les Furies et les larves figurent des morts-vivants ou milieu d'un tas de coffres à violoncelles.
Les Champs-Elysées sont de magnifiques jardins fleuris. Les voix servent parfaitement le spectacle : Bejun Mehta est un Orphée sensible et Miah Persson une touchante Eurydice tandis que l'Amour
de Sunheae Im offrait une voix un peu trop placée dans le nez.
Sunhae Im, Bejun Mehta, René
Jacobs et Miah Persson
Avant-dernier concert : les compositeurs baroques du Nord avec l'Akademie für Alte Musik de Berlin et Sandrine Piau. Des oeuvres de Schürmann, Telemann, Keiser et Handel. Sandrine Piau a rendu
des pages pas toujours intéressantes très vivantes et nous a offert en bis un très émouvant "Lascia ch'io pianga".
Sandrine Piau
Le festival se terminait mercredi avec un concert Bach/Handel par David Daniels et Harry Bicket à la tête de l'English Concert. Il s'agissait, en partie de faire la promotion de leur dernier
disque paru ces derniers jours chez Virgin. Eh oui, aujourd'hui, comme les pop stars, les chanteurs classiques font des tournées avec le programme correspondant à leur dernier album. Ceci
n'enlève rien à la superbe prestation du contre-ténor célébrissime et que j'écoutais pour la première fois en live. Voix très homogène, interprétation très investie.
David Daniels